En tant que parent, vous avez sûrement déjà ressenti cette tentation très compréhensible : protéger votre enfant de tout ce qui pourrait lui faire peur. Et pourtant, les peurs enfantines sont une étape naturelle. Dès deux ans, elles pointent le bout de leur nez : loups tapis dans les bois, monstres sous le lit, peur du noir ou de vous voir partir…
Et on remarque qu’en fait, plutôt que de s’en détourner, les enfants cherchent souvent à se confronter à leurs peurs. Vous les verrez réclamer encore et encore la lecture de la même histoire effrayante, et même trouver un plaisir jubilatoire dans le fait d’expérimenter ces frissons. Mais pourquoi les aiment-ils tant ? 
Alors que les peurs et les angoisses sont inévitables, les livres d’histoires sont un formidable moyen de mettre des mots sur leurs ressentis, et de les apprivoiser dans un cadre rassurant : on peut refermer le livre, se blottir, ou relire encore et encore jusqu’à ce que le monstre devienne presque familier. 
Comme le dit si justement Edwige Chirouter, « Les enfants ont besoin d’incarner leurs peurs dans des récits et des personnages. C’est une façon pour eux de canaliser leurs angoisses les plus intimes. Les incarner par des personnages qui vont pouvoir affronter et vaincre, ça va leur donner la force dans la vraie vie de comprendre leurs propres peurs ». 
Et puis, pour mettre les peurs à distance… quoi de plus efficace que d’en rire ? Dans beaucoup d’albums, la peur finit par se transformer en éclat de rire : un formidable moyen de neutraliser les angoisses ! Le rire soulage, libère les tensions, met le moment effrayant à distance. L’enfant rit aussi fort qu’il a frissonné, et il est drôlement fier d’avoir surmonté cette épreuve !
Mettre des mots sur les émotions que l’on vit à travers la fiction, c’est une façon de mieux les comprendre, et également de les vivre d’une façon détournée, distanciée. Et peu à peu, de pouvoir les surmonter .